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| | | | | | L’esprit de 68 gigote-t-il encore ? | | | François Béranger. Il est plus que temps de mettre ce nom et ce qu’il recouvre à portée de toutes les oreilles. | | | Voix essentielle des années 70, cet auteur compositeur interprète a profondément marqué tout un courant de la chanson de ces années charnière. Un courant, né dans le fracas de 68, qui s’est efforcé de brandir haut et clair le droit à la colère, le goût de l’utopie et l’exigence poétique.
Trop tôt disparu en 2003, François avait été ouvrier à Renault-Billancourt, la forteresse ouvrière, après avoir tâté de la sale guerre, en Algérie. D’une voix forte et sincère, il a chanté des chansons magnifiques et combattives. Les injustices (Manifeste), l’amour (Natacha), la révolte et l’insoumission (Ma fleur), la vie des immigrés (Mamadou m’a dit) ou la nostalgie (Tranche de vie), Béranger a su dire ce qui l’habitait d’une plume sûre, aux images puisées dans le langage populaire, avec un humour souvent acéré. Craint des médias et des parvenus de la contestation, il avait un vaste public qui reprenait ses chansons dans des concerts chaleureux, dans des manifs ou devant des usines occupées. Comme à quelques-uns de ses pairs, les années 80 et leurs renoncements hypocrites lui ont été néfastes. La colère légitime et la poésie ont cédé la place à la charité et au vocabulaire rétréci, comme au lavage. Quelques-uns de ceux qui ont occupé les premières places dans ces années-là ont soigneusement ou, soyons indulgent : paresseusement, laissé dans l’ombre celui qui avait guidé leurs premières chansons. Bah, c’est comme ça…
C’est de la nouvelle génération que vient l’écho de Béranger. La rumeur couvait depuis un moment, depuis que Marcel et son Orchestre, Sansévérino et quelques autres avaient brisé le tabou. Du coup, une petite compil’ avec 17 chansons et autant d’invités. Les chansons sont bonnes, ça on le sait. Les interprétations sont, c’est normal, inégales. Mais quand même quelques belles réussites : Loïc Lantoine avec un « Y’a dix ans » émouvant, Jeanne Cherhal avec une lecture très personnelle de « Rachel » (toujours épatante, Jeanne), un tendre « Le vieux » par Michel Bühler, vieux complice de Béranger, un « Brésils » limpide de Sansévérino et une jubilatoire reprise de « Manifeste » par Melle, secondée de Christian-Tête Raide-Olivier. Et n’oublions pas les excellents La Rue Ket’, Thiéfaine, Tryo ou encore Marcel et Raoul Petite… Et une jolie présence d’Emmanuelle, sa fille qui chante, pudique, « Dure Mère ». Un regret : qu’il n’y ait pas du rap dans la course. A bien écouter Béranger on se dit que lui aussi écrivait des Rimes Anticonformistes Positives.
Edgard Garcia | | |
| | | | | "Tous ces mots terribles" : compilation hommage à François Béranger, sortie le 21 avril | | | |
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