Aujourd’hui après 40 ans d’une solide tradition, on en est plus là. L’œil du grand public a changé et chacun sait faire la différence entre une peinture et un gribouillage. Si Le tag est un art à scandale, il ne faut pas oublier que la plupart des artistes très classiques et reconnus présentés au Grand Palais, ne sont souvent pas des enfants de chœur. L’exposition sur les Tags qui se déroulera au Grand Palais du 27 mars au 26 avril, ranime les polémiques. Or, investir un musée ou une institution n’est pas une preuve de conformisme mais un moyen de se faire connaître, de se promouvoir et d’expérimenter un nouvel endroit particulier et emblématique. Car « la diffusion et la performance» ont toujours été les mots d’ordre des graffeurs du monde entier. Alors si la superbe verrière du Grand Palais fraîchement restaurée leur ouvre les portes, ils ne vont pas se priver.
Le but est bien de se faire voir, de s’intégrer au paysage, de trouver l’emplacement idéal et stratégique, de rivaliser de talent.. L’ « Art Sauvage » né dans les années 70 qui s’épanouit très rapidement les années 80, se développe dans tous les sens dans les décennies suivantes. Car le graffiti est un langage qu’on s’approprie et qui exprime une individualité, son identité. Il existe autant de manière de tager qu’il existe de tageur. Pourquoi sinon écrire son nom sur un mur. Tager n’est pas forcément une revendication politique et contestataire. La pratique s’inscrit parfois autour d’orientations plus esthétiques. A cela s’ajoute que ces dernières années, le graffiti prospère dans les galléries et connaît un véritable essor commercial. Ce phénomène a eu une influence sur la démarche des graffeurs dans la rue, et certains envisagent l’espace public comme un simple support marketing gratuit pour se faire reconnaître dans l’espoir d’exposer. D’autres restent plus fidèle à l’esprit du «street art» plus contestataier et libertaire.
On peut toutefois déplorer la thématique imposée par l’architecte Alain-Dominique Gallizia, qui sous prétexte de créer un même principe de triple unité, a imposé un même format, une double toile horizontale de 60x 180 cm, un même thème, la signature de l’artiste à gauche et un sujet libre sur l’Amour. Même les institutionnels bourrés de bonnes intentions qui organisent cette exposition croît entrer dans l’histoire en immortalisant sur des toiles commandées cet art éphémère. Mais qu’importe, tous les amateurs de peinture pourront se régaler devant les œuvres des plus grands graffeurs du monde entier, sous la magnifique verrière du Grand Palais. L’exposition a ainsi le mérite de réunir le gratin du graffiti mondial, Bando, Skki, Jayone, Spirit, Psyckoze, Toxic, Taki 183, Staihigh 149, Blade, Quick et tant d’autres. Et c’est déjà exceptionnel.
Lucie Servin
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