On parle souvent des versant orientalistes de la musique turque, en évoquant la musique savante accompagnant les dervishs tourneur, ou les joueurs de saz (luth turc) chantant leur terre, et moins du rock turc. Pourtant le rock est devenu la musique n°1 d'une jeunesse turque en effervescence dans un pays dont en 2005 70% de la population avait moins de 35 ans. Le rock a pénétré les airs d'Anatolie dés les années 60 quand des groupes américains et anglais comme Ten Years After, The Who ou Les Beatles (distribués à Ankara et Istanbul) devenaient populaires, et n'en ai jamais ressorti, faisant de ce pays certainement l'un des endroits au monde où aujourd'hui, cette musique universaliste a gardé toute son essence rebelle et émancipatrice. A l'époque, le quotidien national Hürriyet met en place un concours qui invitait les participants à réarranger des chansons traditionnelles turques à la sauce occidentale. En 1965, le Altin Mikrofon, le micro d’or, connait un succès exponentiel jusqu’à la fin des années 70 et contribue à l’avènement d’une scène très originale qui établissait des ponts entre traditions Arabes et innovations technologiques occidentales. Avec la vague psychédélique de 1966 à 1975, l'engouement pour le rock progressif et la pop psychédélique voit l'apparition d'artistes majeurs comme Cem Karaca et Mogollar (Grand Prix du Disque de l'Académie Charles-Cros en 1971!). Rapidement des artistes comme Mogollar connaissent des succès nationaux et exportent un rock turc spécifique, mariage d'un son occidental à la musique traditionnelle turque que l'on appellera communément "le rock anatolien". La musique psychédélique gardera en Turquie une grande prégnance même chez les jeunes groupes qui continuent de cultiver cet air de liberté totale. Avec les années 2000, le rock est en pleine expansion dans la musique turque. Chaque mois, de nouveaux groupes se forment et font parler d'eux, font leurs armes dans la cité stambouliote, la tradition faisant qu'à Istanbul les groupes jouent régulièrement dans leur café "attitré". Peu se produisent dans les grands festivals tels Rock’n'Coke (le plus grand festival de musique organisé en plein air à Istanbul, 50 000 personnes chaque année, sponsorisé par Coca Cola) ou encore Barisarock, H2000 Music Festival, RockIstanbul... qui rassemblent la crème de la pop-rock actuelle, aux côtés de grosses têtes d'affiches anglo saxonnes et américaines. Du côté de cette scène indépendante, on pourrait citer l'une des figures le groupe Replikas, expérimentant un son unique et novateur, à la croisée de la musique expérimentale et traditionnelle, se rapprochant des figures anglo saxonnes Porcupine Tree, Editors ou même Sonic Youth. Autre groupe indépendant qui monte en ce moment : Proudpilot, percussions lointaines et saz, nourrie à l'abstraction psychédélique des anciens. Le nouveau rock turc est donc bien à l'image de ses terres, entre tradition et modernité.