« C'est l'Amérique du commencement d'un nouveau monde, l'Afrique du lendemain des sacrifices, l'Europe et le Monde sans frontières, c'est notre rêve américain. » écrit Xavier Lemettre, le directeur de Banlieues Bleues. La Nouvelle Orléans est à l’honneur pour cette 26ème édition du festival. Capitale ancestrale du groove, la ville a vu émerger les premiers orchestres de jazz. En Août 2005, l’ouragan Katrina ravage la ville, et cause des milliers de morts et disparus. Après trois ans la ville sinistrée renaît peu à peu de ses cendres. Aujourd’hui, une nouvelle scène musicale émerge et charrie avec elle l’énergie de la renaissance, les cris de la colère et les souffrances du désespoir. Puisant dans la richesse d’une tradition qui leur tend les bras, ces artistes réinventent le groove des origines.
Un Mardi Gras Indien
Le Festival se déroulera du 6 mars au 10 avril, l’occasion d’organiser la rencontre entre les artistes autour de la célébration de Mardi Gras à la Nouvelle Orléans. Pendant trois jours, dans une ambiance délurée et débridée du tout-est-permis, les parades et les décors flottants défilent dans la ville. Ce carnaval est le plus célèbre des Etats Unis et rassemble chaque année des centaines de milliers de personnes. Par delà l’esclavage et la ségrégation raciale, ces fanfares sont à l’origine du jazz et les Banlieues Bleues ont confié le soin de transposer les Festivités à Chuck Perkins, un artiste haut en couleur et à ses acolytes, le 28 mars. Le carnaval se déroulera en collaboration avec les jeunes musiciens, danseurs et poètes des Ateliers d’Aubervilliers pour les initier aux secrets de la Parade. L’âme de Mardi Gras Indien sera également incarnée par Donald Harrison travesti en Grand Chef du Congo Square et The Wild Magnolias, un groupe emblématique sauvage et funky, le 10 avril.
Août 2005, le monde, sous le choc, reçoit les images qui défilent du sinistre. Apocalyptiques. Un guitariste planté au milieu de la rue et du déluge laisse pourtant entrevoir une lueur d’espoir. La soul n’est pas morte. La musique n’a pas besoin des murs, elle est dans le ventre de la vieille cité. Elle rejaillit aujourd’hui avec une énergie nouvelle, armée des traditions avec la volonté de surmonter les épreuves et la colère. La Nouvelle Orléans est un laboratoire de créativité où les jeunes talents rivalisent à tous les étages, dans tous les styles. Place à ces artistes aux accents mélangés de jazz, hip hop, rock, soul et funk avec Daniel Harrison &Congo Nation, Wild Magnolias, Terence Blanchard, Charmaine Neville, The Soul Rebels, Chuck Perkins, Rockin'Dopsie Jr, Galactic et d'autres.
Le festival consacre quelques soirées à la projection de films sur l’histoire de la Nouvelle-Orléans et sur le désastre, dans une ambiance musicale. Alex Reuben, jeune chorégraphe britannique et réalisateur présentera son dernier moyen métrage, «Routes» (2007). Un film qui explore les danses des rives du Mississipi, des racines du jazz à la catastrophe actuelle à travers cette profusion propre à la ville : des claquettes aux majorettes … . On plongera ensuite en brasse coulée avec "Trouble The Water":un documentaire filmé caméra au poing ; à vous couper le souffle, avec des images de BlackKoldMadina, une jeune rappeuse du cru qui a grandi dans les ghettos de La Nouvelle-Orléans. Avec sa camera, elle donne à voir la réalité dans sa communauté sinistrée juste après le déluge. Le film a reçu le grand prix du jury au Sundance Film Festival, avant d'être nominé aux Oscar 2009. Terence Blanchard, nous proposera son Requiem pour Katrina composé à la demande de Spike Lee pour la bande sonore de son documentaire "When The Levee Broke" (2006) sur la catastrophe.
L’esprit Banlieues Bleues
Dans la tradition du festival, les artistes de la Nouvelle Orléans seront invités à se produire et à rencontrer les autres artistes. Vous pourrez entendre des reprises de Billie Holiday et de Thelonious Monk par Noël Akchoté et Marc Ribot, écouter l’irrésistible Melissa Laveaux, l’intarissable D’ de Kabal, François Corneloup, Michel Portal et bien d’autres… sans oublier la chorégraphe sud africaine Robyn Orlin, et son spectacle étonnant intitulé "Walking next to our shoes", réalisé avec une jeune chorale d'isicathamiya pour décrypter l’histoire de son pays. De la Nouvelle Orléans à Johannesburg, le Jazz des Banlieues Bleues résonnera au quatre vents.
Lucie Servin
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